Dimanche 18 janvier 2009 7 18 /01 /Jan /2009 00:25
 

I) Origines.


A) Deux "batailles fondatrices"(*).


Francis Fukuyama s'emploie avec cet ouvrage à montrer que les racines du néo-conservatisme sont plus anciennes et complexes qu'on veut bien le croire aujourd'hui. Selon lui, deux événements, ou contextes politiques ont fait naître ce courant de pensée entre les années 1930 et 1960.

 

La première "bataille fondatrice" fut menée par de brillants étudiants du City College of New York : Irving Kristol, Daniel Bell, Irving Howe, Seymour Martin Lipset, Philip Selznick, Nathan Glazer et Daniel Patrick Moynihan. D'origines modestes, ils n'avaient pas accès aux "institutions d'élites comme Columbia et Harvard" et sympathisaient plutôt avec des mouvements trotskistes que libéraux. C'est précisément ces affinités avec la gauche, et plus particulièrement Trotski qui va caractériser les racines de ces futurs néo-conservateurs. Nous nous situons donc dans les années 1930-1940, l'URSS est en plein essor, de même que les États-Unis d'ailleurs. Trotski, communiste par les idéaux, débuta de mettre le doigt sur les défauts du régime stalinien et derrière lui, notre groupe du CCNY commença un changement radical de bord. C'est donc, selon F. Fukuyama "l'anticommunisme virulent" de Kristol, Bell, Lipset, etc, qui constitua la première pierre des fondations de leurs idées politiques futures. D'autant qu'il ne s'agissait pas d'un anticommunisme classique, s'opposant à l'idéologie marxiste en elle-même ou à l'URSS comme simple "puissance étrangère hostile", l'auteur explique bien que le leur était d'autant plus farouche qu'il était de gauche et caractérisé alors par un pessimisme absolu face à tout projet social un peu trop "ambitieux".

En effet, partant de l'échec de l'URSS, ils furent définitivement convaincus de la dangerosité des politiques sociales. A cela s'ajouta le tendance générale des Américains de l'époque, emportés par l'extraordinaire démonstration de puissance des États-Unis dans l'issue de la Seconde Guerre Mondiale, à se retourner vers leur pays et à abandonner leurs rêves dangereusement sociaux.


La deuxième bataille fondatrice "fut menée contre la Nouvelle Gauche". En effet, dans les années 1960 le contexte politique international avait provoqué de formidables bouleversements dans les courants de pensée politique, de nouvelles idées naissaient à gauche, cherchant à bousculer l'ordre établi, la nouvelle génération d'américains commençait à faire tomber les tabous. F. Fukuyama nous parle d'une "nouvelle génération d'étudiant radicalisés", "(d')actions sociales progressistes" et reprend leurs mots en associant "capitalisme" et "impérialisme".

C'est pourtant sur ce fond de progrès sociale, de recherche d'innovation, que le mouvement néo-conservateur se renforça en créant le revue "The Public Interest". On y retrouve Kristol et Bell, puis Glazer qui, marqués par leur crainte du communisme, décortiquaient tous les projets sociaux, s'efforçant d'en montrer les failles, les risques qu'ils impliquaient.

 

Voilà donc, en deux étapes, comment un "groupe remarquable d'intellectuels" gauchistes entama un virage politique radical pour créer un nouveau mouvement plus ou moins à droite, selon ses membres.

Parlons d'ailleurs de ces membres, décris par F. Fukuyama comme étant "pour la plupart juifs". Car s'il est important de parler de leur début de parcours à gauche, il n'est pas inutile de s'intéresser à leur religion. En effet, si les néo-conservateurs sont accusés d'avoir tirer les ficelles de l'administration Bush, c'est également le cas des juifs concernant tout gouvernement dès lors qu'il est américain. Qu'en est-il donc du mythe d'un lobby juif aux États-Unis et quels relations peut-on établir entre celui-ci et les néo-conservateurs?


B) Lobby juifs et néo-conservateurs(*).


Commençons par déterminer comment et à quel degré la communauté juive américaine pourrait ou peut-elle avoir une influence sur la politique intérieure ou extérieure des États-Unis.

Selon André Kaspi, directeur du centre d'histoire Nord-Américaine, ce lobby ne peut être nié mais il est certain qu'il ne s'agit pas d'une "toute puissance juive" en matière de politique aux États-Unis. Ainsi, il explique d'abord que les citoyens juifs-américains participent activement à la vie politique et donc aux élections. Cela se confirme lorsqu'on sait que 50 % des américains sont abstentionnistes lors des élections présidentielles, contre 20 % en moyenne pour les juifs. De ce fait, leurs opinions politiques sont bien représentées et ne sont pas négligeable de la part des candidats. De plus, ils ont généralement un statut sociale confortable et sont donc souvent donateurs lors des campagnes. Ainsi, ils ont une certaine influence sur le candidat qu'ils soutiennent.

Mais quel candidat soutiennent-ils justement? Les juifs-américains sont-ils de ces épouvantables "néo-cons" qui tirent les ficelles de la politique américaine et envoient les États-Unis au Moyen-Orient dans le seul but de protéger Israël? C'est tout à fait le type d'accusations que l'on peut lire dans différentes presses plus ou moins sérieuses(*), christianistes, musulmanes et même de la part du journaliste Joe Klein, chroniqueur à l'hebdomadaire Time et de confession juive.


A cela, André Kaspi répond de différentes manières. Tout d'abord il montre que l'électorat juif-américain est clairement à gauche, avec en moyenne entre 70 et 80 % des votes pour le parti démocrate. Il est donc clair que si lobby il y a, il ne concerne pas toute la communauté juive mais seulement un petit tiers (les néo-conservateurs votant plutôt républicain). De plus, le poids de ce tiers parait d'autant moins important lorsqu'on sait que la minorité juive aux États-Unis représente seulement 2 % de la population globale.

Cependant, il est intéressant de remarquer que Ronald Reagan et George W. Bush sont les candidats républicains qui auront convaincu le plus de juifs lors des élections présidentielles depuis Eisenhower. Or, nous verrons avec F. Fukuyama que ce sont deux présidents américains appréciés du mouvement néo-conservateurs.

Pour finir, André Kaspi avance que l'électorat de Bush, principal soutient d'Israël aux États-Unis, est en fait composé pour l'essentiel de la branche la plus radicale des conservateurs classiques, très religieuse et adepte de millénarisme (croyance selon laquelle le Christ va revenir lorsque, entre autre, le peuple juif sera réuni en terre sainte) et non de juifs néo-conservateurs.


Le "lobby juif" serait donc bien une réalité mais au même titre que de nombreux autres, puisque ce type de pratique politique est très courante aux États-Unis. Son influence est donc limité naturellement par la structure du jeu politique américain et sa branche néo-conservatrice est loin de représenter la majorité de cette communauté.








II. Fondements idéologiques.


A) Strauss : notion de "régime" et interprétations douteuses.


Après avoir présenté les premiers néo-conservateurs et leur "parcours politique", F. Fukuyama consacre une partie de son ouvrage à Léon Strauss, aujourd'hui souvent associé aux néo-conservateurs. On lui reproche notamment d'être le théoricien inspirateur de la guerre en Irak par le biai de ses supposés disciples au sein de l'administration Bush. D'origine juif-allemande, ce philosophe est connu dans sa discipline pour ses thèses sur le droit naturel et sa critique du relativisme. Ici, nous nous intéresseront avec F. Fukuyama, à sa définition du "régime", à partir de quoi nous tenteront de répondre aux accusations évoquées plus haut, accompagnés par un texte de Corine Pelluchon.


Léo Strauss, très inquiet de la "crise de la modernité" (ou "crise du droit naturel moderne") qu'il pressentait, s'est employé, tout au long de son œuvre, à déterminer les "bases philosophiques" qui manquaient selon lui à cette nouvelle ère de pensée politique. Pour ce, il étudiera paradoxalement les auteurs classiques que sont Platon Thucydide ou encore Maïmonide, de façon à reconstruire une "explication rationnelle de la Nature"(*) qu'il puisse confronter ou mettre en relation avec la politque contemporaine. Il critiquera alors le relativisme qui, selon lui, ne mène qu'au nihilisme, nous en reparlerons avec Allan Bloom. Ce qui nous intéresse ici est son approche (ou plutôt son analyse de l'approche de Platon ou d'Aristote) de la notion de "régime". F. Fukuyama explique qu'ils comprennent "le terme de <<régime>> non pas au sens moderne, comme un ensemble d'institutions formelles et visibles, mais plutôt comme un mode de vie dans lequel les institutions politiques formelles et les habitudes informelles se modèlent constamment les unes les autres"(*).

En effet, Strauss considère le "régime" comme partie intégrante d'un peuple, avec une sorte de relation de cause à effet réciproque. C'est-à-dire que le régime fait du peuple ce qu'il est en terme de croyances, d'habitudes politiques et culturelles, de modes de pensée et vice et versa : c'est le peuple, avec toutes les caractéristiques énoncées ci-dessus, qui fait son régime tel qu'il est. C'est précisément cette analyse particulière du "régime" qui aurait été reprise par l'administration Bush pour justifier la guerre en Irak. L'idée serait qu'en forçant un changement de régime en Irak, en instaurant une démocratie à la place de la dictature, les mœurs et habitudes politiques des irakiens s'en verraient changées miraculeusement...

En fait, une partie seulement de l'analyse de Strauss aurait été prise en compte (si l'on admet que les justifications de cette guerre en sont inspirées) et ne serait gardée que l'idée selon laquelle les institutions politiques, les lois, bref, le régime politique, fait le caractère du peuple. Plusieurs problèmes se posent alors: il manque le second pendant de la thèse de Strauss puisque le peuple n'aura pas "fait" son régime et une théorie appliquée partiellement a peu de chances d'être valide. D'autant qu'il faut des décennies pour que ce "caractère national" se forge à l'image de son régime, et le peuple irakien, selon cette même théorie, est imprégné dans sa chair, dans ses traditions, du régime totalitaire dont il est supposé être esclave.

Ainsi, l'administration Bush a-t-elle mal interprété la théorie straussienne à laquelle on prétend qu'elle adhère? Ou bien cette administration n'aurait elle pas finalement rien à voir avec Léo Strauss.


Corine Pelluchon s'est intéressé à ces questions dans un article clairement intitulé "Léo Strauss et George W. Bush"(*). Elle confirme notre réflexion sur la notion de régime entendu par le philosophe comme "une idée régulatrice et non une réalité" et explique que "le meilleur régime ne peut être imposé" puisqu'il n'est pas "une réalité incarnée par un État", il fait en quelque sorte partie intégrante de la nation, des citoyens. Plus simplement, Strauss faisait un constat des conséquences d'un régime sur les caractéristiques de son peuple et vice et versa mais critiquait volontiers les hommes rêvant d'imposer un régime (par la révolution ou la guerre) pensant qu'il est le meilleur, qu'il est donc bon pour le peuple, sans se soucier des "circonstances", c'est -à-dire des "coutumes et de l'état d'esprit lié aux différents pays". Mais avant même cela, elle repère l'anti-libéralisme de Strauss, incompatible avec les opinions politiques du président américain. En effet, Corinne Pelluchon écrit que "Strauss (...) souligne l'imposture qui accompagne l'idéal d'une société mondialisée qui prétend travailler à la prospérité (de tous) et à la paix", idéal qui est largement soutenu par l'administration Bush, voire invoqué en justification des guerres menées au Moyen Orient.

Finalement, nous comprenons que Strauss serait en désaccord avec la politique étrangère américaine menée depuis le 11 Septembre, mais cela ne nous assure en rien que celle-ci n'a pas tout de même été inspirée par le philosophe. Marx aurait surement eu plus que des choses à redire sur les régimes communistes qui ont vu le jour, ne sont ils pas néanmoins nés de son œuvre?



B) Wolfowits, Bloom et Wohlstetter.



Reste que selon F. Fukuyama, le rapprochement de la politique étrangère de Bush avec la pensée straussienne est dû à la présence de Paul Wolfowits au gouvernement, en tant que sous-secrétaire à la Défense. Il fut l'étudiant de Strauss, puis d'Allan Bloom (lui même ancien élève du philosophe), ce qui le différencie d'un simple néo-conservateur et le rend responsable de "l'influence Straussienne" que subirait la politique américaine.


Précisons qu'Allan Bloom aurait été fidèle à l'héritage de son professeur dans la mesure où ses travaux sur le relativisme restent dans la continuité des thèses de Strauss. Claude Rochet(*) le montre bien lorsqu'il met en relation la thèse soutenue par Bloom dans son livre The Closing of the American Mind et les mots de Strauss : Bloom dénonce "le postulat: on ne doit pas contester les valeurs d'autrui." de même que Strauss pense que"cette <<tolérance obligatoire>> imposée par le relativisme est en fait (...) un <<séminaire d'intolérance>>". Cependant P. Wolfowits n'aurait été son élève que peu de temps et F. Fukuyama désigne plutôt Albert Wholstetter comme faisant partie de ses principaux inspirateurs.


Alors si Wolfowits joue un rôle dans la politique étrangère de l'administration Bush, nous nous devons de comprendre quel est l'orientation politique de son maitre à penser. Ce que nous pourrions retenir d'Albert Wohlstetter est la "vue terriblement pessimiste et méfiante à l'égard de l'Union Soviétique" qu'il partageait avec les premiers néo-conservateurs et surtout sa "conviction que les régimes influaient sur la politique extérieure". F. Fukuyama le dit lui-même, c'est un point de vue hérité de Strauss puisqu'il est adopté par ses "disciples".

En effet, cette "conviction" s'inscrit dans le prolongement de l'idée straussienne du régime. Wohlstetter pense donc que si le régime influe sur le "caractère national" conditionnant un certain type de politique intérieure, il en sera de même avec le comportement de cette nation dans les relations internationales. Mais Wohlstetter se détache de la pensée straussienne très clairement avec des idées plus proches des néo-conservateurs de l'administration Bush. C'est sans doute son métier de logicien en mathématiques qui l'a fait s'intéresser au problème du nucléaire. Il pensait notamment que l'évolution technologique dans ce domaine, à l'origine des frappes "chirurgicales", permettrait aux États-Unis des interventions militaires "rapides", "faciles à envisager" et "propres". Dans les faits, il est vrai que la précision grandissante des bombardements américains aura minimiser les conséquences d'une guerre classique, mais c'est justement ces expériences réussies qui "ont engendrer l'illusion que les interventions militaires seraient toujours aussi <<propres>> ou aussi peu coûteuses". Or, il faut prendre en compte quel type de guerre sera menée, dans quelles conditions, pour quelles raisons, etc. Et c'est ici que les thèses de Strauss sont oubliées ou perverties puisqu'envisager d'instaurer une démocratie à la place d'une dictature avec ce type d'intervention militaire est presque dénué de bon sens aux yeux du philosophe. Il est fait abstraction de l'attachement du peuple à ses coutumes, ses mœurs, toutes découlant du régime en place. Une guerre, qui plus est presque "téléguidée",ne peut être le moyen approprié pour le type de fin qui est revendiquée dans le cas de la guerre en Irak, et la réalité l'a démontré(*).


C) Réalisme, nationalisme et néo-conservatisme: entre rapprochement et contradiction.


Cependant, la "révolution technologique brillamment prévue par Wohlstetter" n'est pas le seul facteur qui a conduit les États-Unis à attaquer l'Irak. D'après F. Fukuyama nous comprenons qu'à partir des années 1990, les néo-conservateurs, se sont plus ou moins désintéressés des problèmes de politique intérieure et se sont réunis autour d'un "programme <<néo-reaganien>>"(*). En effet, leurs principaux se situaient alors autour de la politique extérieure et de la place des États-Unis dans le "système-monde"(*). Il semble que cette démarche s'est crée en réaction, voire en opposition au réalisme de Henry Kissinger. Nous allons donc tenter de définir la politique extérieure néo-conservatrice en comparaison avec le réalisme et établir les relations qu'elle entretient avec d'autres idéologies telles que le nationalisme et l'idéalisme.


Selon F. Fukuyama, les néo-conservateurs ont pensé leur type de politique extérieure en opposition avec le réalisme, notamment celui d'Henry Kissinger dans son approche de la guerre froide et de l'Union Soviétique. Il pensait que le communisme stalinien était un régime comme un autre duquel il fallait s'accommoder au mieux dans le respect de la "souveraineté externe" de chaque État, vison effectivement réaliste. Nous pouvons reconnaître facilement que les néo-conservateurs sont très attachés aux valeurs morales qui doivent selon eux diriger la politique extérieure d'un pays alors que les réalistes les rejète complètement. L'historien E. H. Carr, comptant parmi les premiers réalistes, pensait d'ailleurs que dans les relations internationales "il n'existe pas de principes moraux absolus"(*). De leur côté, Kristol et Kagan luttaient pour le soutient "des intérêts américains et des principes démocratiques libéraux" et "contre les manifestations les plus extrêmes du Mal humain". Cependant, les néo-conservateurs partagent avec les réalistes le rejet du droit international et de tout type d'institutions supranationales ou intergouvernementales. F. Fukuyama écrit d'ailleurs que la "tradition (américaine) d'internationalisme libéral (...) était totalement absente des programmes néo-conservateurs"(*). De même que P. Senarclens et Y. Ariffin expliquent dans leur ouvrage La politique internationale, que les premiers réalistes s'accordent autour "d'un même rejet de l'idéalisme, terme qu'ils emploient pour désigner péjorativement les divers courants internationalistes, en premier lieu le système de sécurité collective institué par le Pacte de la SDN"(*).

Ainsi, le "néo-reaganisme" semble s'inspirer de l'idée réaliste selon laquelle les relations internationales doivent être soumises à la loi du plus fort dans un système proche de l'anarchie où chaque État souverain (puisque dénué de "supérieur commun") se bat pour défendre ses intérêts et augmenter sa "puissance". Pourtant, convaincus que les États Unis, en tant que la plus grande puissance mondiale, se doit de rependre la démocratie et la liberté (telle qu'ils la conçoivent), les néo-conservateurs se détaches clairement du réalisme. Celui-ci voit en ce type de discours un moyen "utilisé avant tout pour facilité l'acquisition du pouvoir". Nous pourrions ajouter qu'il s'agit là d'une sorte de nationalisme, voire d'ethnocentrisme. Les réalistes analysent le nationalisme et dégagent trois principes à son sujet: "les gouvernements invoquent une nation singulière pour légitimer leur souveraineté étatique"; le nationalisme "cultive l'exaltation fanatique des caractéristiques raciales, ethniques, religieuses ou des ambitions conquérantes d'un peuple"; "comme toute idéologie, le nationalisme entretien des illusions: il affirme défendre les valeurs et les traditions populaires, alors qu'il engendre une culture élitaire et centralisée"(*). On reconnait dans ces propos certains aspect du patriotisme exacerbé aux État Unis, de même que la place centrale que tient la religion, jusqu'au Congrès où est prononcé une prière au début de chaque séance, où sur les dollars américains où l'on peut lire "In god we trust". Mais nous parlons là des Américains en général et non des néo-conservateurs en particulier. Pour ce, nous ferons référence à Latour en repérant une analogie entre son analyse des "modernes" et l'idéologie néo-conservatrice.


En effet, dans un article intitulé "Guerre des mondes-offre de paix"(*), il explique entre autres choses que les "modernes" (grosso modo, les occidentaux de l'époque de la colonisation) fort d'avoir découvert "ce havre d'unité et de paix qu'offrent la science, la technique, l'économie", entreprirent de rassembler les hommes autour de la "Nature indiscutable et unifiante" qui en découle. C'est-à-dire que toutes les cultures constituées de l'interprétation de la nature par l'imagination humaine, telles que l'animisme, le totémisme, etc, n'auraient plus lieu d'être grâce à la véritable interprétation de la nature qu'offre la science indiscutable. Des cultures on ne garderait que le folklore et personne ne pourrait plus se disputer à propos de la composition d'une pierre ou de l'origine de la pluie.

Les intentions des "modernes" étaient nobles puisqu'ils avaient pour projet d'unifier les hommes, d'apporter la paix éternelle au monde. Latour écrit d'ailleurs qu'on pourrait "disputer et rejeter <<l'occidentalisation>>,mais <<la modernisation>> est sans contexte le patrimoine de l'humanité". Ainsi, plein de bonne volonté, les "modernes" menèrent des guerres sanglantes aux peuples réticents à se défaire de l'essence même de leur existence.

Nous pourrions aller plus loin dans le texte de Latour, mais nous retiendrons seulement cette dernière idée car enfin, les néo-conservateurs ne semble-t-ils pas nier les moyens dont ils font usages pour rependre leurs principes moraux et leur démocratie? Ils ne font pas la guerre à l'Irak, ils lui apportent liberté et paix, ils la "démocratise", ils rendent le monde plus sûr...











III. Néo-conservatisme "réel"?



Nous avons parlé des premiers néo-conservateurs, de leurs origines, des fondements idéologiques de cette école de pensée, qu'en est-il désormais de ce qui s'approche le plus de la mise en application du néo-conservatisme? André Kaspi nous faisait remarquer que Reagan et Bush fils, en tant que républicains, avaient remportés plus de suffrages que leurs confrères parmi la communauté juive(*). Cela ne semble pas être une coïncidence du fait que F. Fukuyama affirme que la majorité des néo-conservateurs sont juifs. Alors pour comprendre ce qui fait de ces deux présidents américains, les représentants les plus sérieux de la politique néo-conservatrice, étudions de plus près leurs réactions face aux événements majeurs qui ont eu lieu durant leurs mandats : la guerre froide et la guerre en Irak.


A) Reagan/URSS


On a vu précédaient que les idées de Ronald Reagan concernant la guerre froide et le comportement à tenir face à l'Union Soviétique sont à l'origine de la construction de la politique étrangère néo-conservatrice. En effet, cet homme d'État américain considéré comme "l'initiateur d'une <<révolution conservatrice>>"(*), aura certainement été le plus virulent dans ses propos concernant l'URSS. On lui reprocha un "langage moralisateur" lorsqu'il employa le terme "empire du Mal"(*), par exemple.


Reagan était donc partisan d'une politique dure, ne visant pas la survie dans la guerre froide suivant l'idée qu'il fallait s'accommoder des régimes non démocratiques (vision réaliste), mais la victoire représentée par la chute du régime communiste russe. Il était donc en parfait accord avec les néo-conservateurs sur l'idée que la cause de la guerre froide résidait dans le régime non démocratique de l'Union Soviétique et partageait d'ailleurs le même anti-communisme de gauche. C'est précisément ce qui le rapproche clairement des néo-conservateurs : il partage nombre de leurs points de vue politiques mais surtout il a suivi un parcours politique similaire au regard de son passage de gauche à droite(*).


B) Bush/Irak


En ce qui concerne Bush, nous avons déjà commencé d'étudier la question en comparant sa politique aux thèses de Léo Strauss, mais F. Fukuyama nous apporte quelques précisions. En effet, il repère une différence entre les deux mandats du président qui traduirait deux approches différentes de la guerre en Irak.


Ainsi, on nous fait remarquer que dans les premiers temps de la carrière de président de George W. Bush, ses discours officiels tournaient bien plus autour de la sécurité nationale et de la "menace" que représentait le Moyen-Orient soupçonné de détenir des "armes de destruction massive", que de la "démocratisation de l'Irak". Que penser alors de ce soudain engagement moral, au moment où les faveurs de l'opinion publique américaine à propos de la guerre en Irak commençaient à diminuer? F. Fukuyama est "tout à fait certain que George W. Bush croit en ce qu'il dit au sujet (...) du programme de promotion de la démocratie" mais, il en est conscient, le discours du président a perdu de sa crédibilité du fait des promesses non tenues dans cette guerre(*).


Nous retiendrons simplement qu'à partir de son second mandat, Bush fils avait un programme certainement néo-conservateur dans le domaine de la politique étrangère, mais qu'il reste quelques doutes quant aux positions personnelles du président américain.




IV. Francis Fukuyama et les néo-conservateurs.



A) Quatre grands principes(*).


En guise de "bilan", F. Fukuyama dégage "quatre principes ou thèmes de base caractérisant la pensée néo-conservatrice". Le premier, partant de la notion straussienne du "régime", affirme l'idée que la politique extérieure d'un pays doit être à l'image des valeurs qui le caractérisent. Le second donne aux États-Unis des "responsabilités spéciales" du fait de sa puissance inégalée dans le monde et considère qu'ils doivent s'en servir à des fins morales. Le troisième concerne les origines anti-communistes des néo-conservateurs et les rend "systématiquement" pessimiste à l'égard de politiques sociales. Enfin, le quatrième principe les rapproche des réaliste du fait de leur "scepticisme" vis-à-vis des institutions et du droit internationales.


Nous avons abordés tous ces thèmes au cours de nos différentes réflexions autour de l'ouvrage de F. Fukuyama et s'il les regroupe ici, c'est pour montrer que, malgré les nombreuses divergences au sein du courant néo-conservateur, ses membres se retrouvent tous dans ce type d'analyse de la place des États-Unis dans les relations internationales et dans l'orientation globale de sa politique intérieure. Il semble d'ailleurs que ces principes soient ceux qu'affectionne F. Fukuyama et que selon lui les néo-conservateurs récents ont en quelque sorte souillé ces idées en les détournant ou en les utilisant très mal. Il s'attache tout au long de son ouvrage à rappeler que les premiers néo-conservateurs étaient de grands intellectuels qui ont cherché à repenser la politique et les relations internationales au mieux, et semble déçu de ce qu'est devenu ce mouvement nous .


B) Enthousiasme et paranoïa post-guerre froide(*).


F. Fukuyama repère deux phénomènes engendrés par la fin de la guerre froide et qui seraient à l'origine de ce qu'il considère comme les erreurs de la nouvelle génération de néo-conservateurs.


Selon lui, la chute du communisme en URSS, objectif attendu par tous les néo-conservateurs ou néo-reaganniens, n'a pas été analysée avec assez de recul. En fait, il explique que deux réactions étaient recommandables face au "miracle" que fut cet événement d'après l'auteur : être encouragé par la situation et redoubler d'effort pour diffuser cet élan démocratique dans d'autres pays ou bien "remercier le Seigneur pour cette chance extraordinaire, d'empocher les gains et de réfléchir sur le caractère unique de ce qu'on vient de vivre". Il semble que cette réflexion ai manqué à certain néo-conservateur qui se serait laissé emporter par leur enthousiasme, se mettant à croire que la démocratisation des autres régimes autoritaires ou totalitaires se ferait alors toujours aussi simplement et "sans coup de feu" que dans le cas soviétique. C'est le premier phénomène que F. Fukuyama donne comme facteur des erreurs futures de certains néo-conservateurs.


Paradoxalement le second phénomène décrit par l'auteur se traduit par une sorte de paranoïa des néo-conservateurs. En effet, il nous parle d'une "tendance à surestimer le niveau de menace qui pesait sur les États-Unis" une fois celle du bloc soviétique enrayée. Il paraît que les néo-conservateur aient finalement besoin d'un ennemie à combattre pour donner du sens à leurs idées, ils se tournèrent alors vers la Chine jusqu'au 11 Septembre où un rival bien réel se révéla. Seulement, F. Fukuyama remarque que le groupe terroriste Al-Quaïda fut rapidement assimilé aux "États-voyous" du Moyen-Orient. Mais le problème plus grave que souligne l'auteur concerne les moyens envisagés pour combattre ce nouveau "Mal" et continuer de rependre les principes moraux américains, puisqu'une intervention militaire fut directement présentée comme réponse évidente à cette "menace". C'est ici que les derniers néo-conservateurs bafouent les principes fondateurs de ce mouvement en ne gardant que les objectifs et en oubliant les méthodes préconisées notamment par Léo Strauss.


C) "Le néoconservatisme est devenu quelque chose d'insupportable!"


Nous cherchons dans dernière partie à comprendre la position de F. Fukuyama par rapport aux néo-conservateurs et nous avons déjà pressenti dans son ouvrage que la politique menée depuis le 11 Septembre par l'administration Bush, inspirée par les néo-conservateurs, s'éloigne de la conception qu'il a de cette idéologie. Dans un article parut dans "The Gardian" il va confirmer très explicitement nos suppositions. En effet, dès les premières lignes, il dénonce "les moyens sur-militarisés" mis en œuvre au service des idéaux néo-conservateurs et s'insurge qu'ils aient pu croire "que la démocratie arriverait vite et sans douleur en Irak". Il réaffirme également que l'explication de ces fautes réside dans la fin "si particulière" de la guerre froide. Cependant, si F. Fukuyama "ne peut plus supporter" ce qu'est devenu l'idéologie néo-conservatrice et l'image qu'elle renvoie aux européens notamment, il reste fidèle aux principes fondateurs de celle-ci. Il préconise donc dans cet article la recherche de nouvelles idées sur la place que peuvent occuper les États-Unis dans le monde, sur la manière dont ils peuvent regagner la confiance des autres pays déçus par sa conduite jugée trop arbitraire et unilatérale et de cesser de croire que le problème du terrorisme sera réglé avec la démocratisation du Moyen-Orient.





Pour conclure nous préciserons que D'où viennent les néo-conservateurs? n'est que l'extrait du livre America at the Crossroads, Democracy, Power and the Neoconservative Legacy (non traduit intégralement en français), ce qui est regrettable puisque l'ouvrage paraît tel quel peu précis, manquant d'arguments. D'autant que si F. Fukuyama cherche à nous réconcilier avec les néo-conservateurs, il devrait commencer par cesser de les critiquer ou de nous donner matière à les critiquer...Cependant son éclairage sur les "racines" de ce mouvement est très instructif et montre bien que les néo-conservateurs récents ont mal utilisé l'héritage idéologique de leur formation politique.



 

 

 

 



Par Marion Roussey - Publié dans : Relations internationales
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Dimanche 18 janvier 2009 7 18 /01 /Jan /2009 00:13
 

 

"L'Union Européenne est un objet politique non identifié", selon la célèbre

formule de Jacques Delors (président de la commission européenne de 1985 à 1995), qui soulignait déjà une difficulté certaine à la classification de l'U.E. dans un modèle de construction existant. Et s'il on interroge le site officiel de l'Union, on apprendra qu'elle est "l'association économique et politique de 27 États appartenant au continent européen". S'agirait-il donc d'une simple organisation internationale? Difficile à croire lorsqu'on repense à la naissance de l'Union européenne, aux aspirations de ses "pères fondateurs".

En effet l'Europe est née dans un monde où les États-Unis construisait voire consolidait leur place d'hégémonie sur le "système monde" et où la guerre mondiale avait par deux fois profondément blessé l'Europe. Ainsi le 9 mai 1950, quand Robert SHUMAN prononce son discours et fait référence aux "États-Unis d'Europe", l'on commence à saisir le réel objectif de départ : faire de l'Europe une fédération forte et ne craignant plus la guerre. D ailleurs, les premiers traités (ceux de Paris en 1951-52) mettant en place la CECA et programmant la CED oriente clairement la future Union sur une voix supranationale et politique. Jean MONNET dira en ce sens et en sa qualité de président de la Haute Autorité de l'époque (13 août 1952) qu'il y voit "l'ébauche d'un État fédéral".

Mais l'échec de la CED et les traités de Rome, cette fois plutôt axés sur l'économie que le politique, amènent à renouer avec la coopération intergouvernementale. Et à l'heure de l'Europe des 15, le rôle important des États membres dans la gestion de l'Union Européenne ne permet plus la référence au modèle de fédération américain mais il est pourtant clair que le processus d'intégration à dépassé celui d'une confédération. Jacques DELORS envisage alors une "troisième voix" en parlant de "fédération d'États-Nations", un fédéralisme typiquement européen dans lequel la coopération intergouvernementale serait développée.

Ainsi, nous porterons notre réflexion sur ce modèle de "fédération intergouvernementale", puis nous nous pencherons sur le problème principal qui se pose lorsque l'on cherche à définir l'Union Européenne : l'absence de gouvernement fédéral démocratique et légitime.






I. FEDERALISME INTERGOUVERNEMENTALE.



On pourrait commencer par définir une fédération comme un mode d'organisation dans lequel chacun des membres dispose d'une large autonomie et délègue certains de ses pouvoir à un organisme central. Les membres participent collectivement et non individuellement aux décisions et les compétences législatives, juridiques et administratives sont partagées entre un gouvernement fédéral et des gouvernements de collectivités ou d'États fédérés. Enfin, une fédération est fondée sur une constitution.

Maurice CROISAT ( auteur de L'Europe et le fédéralisme. ) ajouterait que ce "mode de gouvernement repose sur une convention (foedus) associant des communautés politiques, séparées et égales, pour agir ensemble tout en demeurant elles-mêmes." Il avance également la notion de "buts communs" et énonce trois principes sur lesquels repose une fédération : "séparation" (répartition des compétences législatives entre les deux niveaux de gouvernement), "autonomie" ("souveraineté limitée" des deux niveaux de gouvernements suivant les domaines), "participation" (communautés fédérés participantes du pouvoir constituant du législatif fédéral).

Nous avons ici brièvement définit ce qui fait la "structure" d'une fédération et nous allons voir que les institutions de l'Union Européenne ne relèvent pas du fédéralisme en tant que tel.


En effet M. CROISAT, reprenant la distinction établie par Carl FRIEDRICH entre structure et processus, montre qu'il manque à l'Union différents critères de définition d'une fédération pour que l'on puisse lui accorder ce titre. Il souligne notamment l'absence de "super-État", c'est-à dire de gouvernement fédéral (point que nous développerons plus loin) mais il observe également que la répartition des compétences entre les deux niveaux de gouvernement dont nous parlions précédemment est loin d'être clairement établie et que l'Union ne dispose pas du pouvoir constituant (lequel reste l'affaire des États membres).

Penchons nous donc, dans un premier temps sur cette répartition des compétences au sein de l'Union Européenne. C'est précisément le fait que les États membres ai délégué un certain nombre de leurs compétences qui différencie l'U.E. d'une simple organisation internationale, mais les seules "compétences exclusives" (transfère intégral des compétences des États membres dans un domaine vers l'Union) accordées au pseudo-gouvernement fédéral relève du domaine commerciale, agricole ou monétaire. Ce n'est donc qu'en matière d'économie que l'Union prévaut, et l'on peut d'ailleurs avancer que les "compétences partagées" (les États membres n'ont transférés qu'une partie de leurs compétences et peuvent ainsi continuer à agir aux côtés de l'U.E.) représentent la majorité des cas. Reste les "compétences d'appui", c'est-à dire lorsque l'U.E. ne fait qu'appuyer une compétence du ressort des États membres (comme c'est le cas en matière de recherche ou de santé publique). Nous pouvons ainsi dire que la répartition des compétences reste très floue, aléatoire et en ce qui concerne les "compétences exclusives", nous avons constaté qu'elles sont trop limitées et à des domaines purement économiques.

Qu'en est-il alors du pouvoir constituant, "la compétence de la compétence"? On peut souligner la nécessité d'obtenir l'unanimité auprès des membres de l'Union pour signer et ratifier un traité. En effet, ce mode d'adoption est explicitement un frein au pouvoir de l'U.E., une marque de la volonté de conserver une certaine souveraineté nationale. Rien de condamnable en soit, seulement pour que le pouvoir constituant soit réellement aux mains de l'Union, celle-ci aurait besoin de plus de supranationalité dans ce domaine, d'autant que plus le nombre de membre augmente et plus il est difficile de faire adopter quoi que ce soit. On pourrait même aller plus loin en avançant que la tendance à faire participer les peuples des États membres à la décision (par référendum par exemple) complique d'avantage la tâche. Encore une fois, cette tendance n'est pas mauvaise en soit puisqu'elle semble émaner d'une volonté plus démocratique, mais il est clair que d'un point de vu fédéral ceci est un problème.

Pour ces raisons principalement, la "structure" de l'Union n'est indiscutablement pas celle d'une fédération. Cependant, il n'est pas exclu que les mécanismes, les "processus" qui sont en marche emmènent l'Union vers une fédération. C'est-à-dire que l'U.E. présente des comportements fédéraux et que de plus en plus elle se transforme et évolue vers une véritable fédération.


Ces processus qui semblent rendre compte de l'évolution de la structure de l'Union, nous amènent à observer en son sein une certaine forme de fédéralisme en construction, un fédéralisme coopératif ou intergouvernemental. Selon M. CROISAT, ce type de fédéralisme est particulièrement remarquable dans les États fédéraux à l'intérieure de l'Union ( Allemagne, Suisse et Autriche ) et ceci expliquerait que la construction européenne se dirige en ce sens. Pour démontrer que l'U.E. est en voie de fédéralisation il porte son analyse sur le droit européen et le développement des politiques communes qu'il qualifie de "quasi-fédéral" puis sur la parlementarisation des instances de l'Union.

Concernant le droit européen, nous retiendrons les trois grands principes qui le caractérisent mais surtout qui le rendent similaire au droit fédéral : le principe d'applicabilité directe et immédiate dans les États membres, le principe de primauté du droit européen par rapport au droit national et enfin celui de l'interprétation uniforme. On reconnait ici le caractère supranationale d'une fédération et l'on peu d ailleurs noter que le principe de primauté du droit européen a, pour cette raison, posé problème à certains hommes politiques (notamment français) attachés à la conservation de la souveraineté nationale.

A propos des politiques communes, nous remarquons que le droit européen a engendré une multiplication de celle-ci, étendant ainsi le domaine d'intervention de l'U.E.. Le mode d'application des décisions en matière de politique commune est analogue à celui d'un État sous bien des aspects, mêmes si cela ne parait pas à première vue.

En effet, dans l'Union l'initiative des lois ou directives par exemple, est exclusivement réservé à la Commission européenne (exécutif), tandis que dans les démocraties occidentales telles que la France, ce pouvoir est partagé entre le gouvernement (exécutif) et le Parlement (législatif). Mais en réalité cette différence n'est que moindre lorsqu'on sait que plus de 80% des lois votées sont en fait d'origine gouvernementale et donc à l'initiative de l'exécutif, tout comme pour l'Union européenne.

Une autre différence relevée peut être relativisée : le Conseil de l'Union (pouvant être assimilé au gouvernement de nos démocraties en ceci qu'il détient l'exécutif) prend les décisions, ce qui correspond au pouvoir du Parlement d'un État lorsqu'il vote les lois. Mais si, a priori, il semble que ce qui appartient à l'exécutif dans l'U.E. est au législatif en France par exemple, on peut tout de même avancer que les ministres (exécutif) peuvent agir sur les décisions du Parlement. Et c'est le cas notamment lorsque les élus d'un parti vote par principe en accord avec la position du ministre qui les représente et lorsque le système d'ordonnance est utilisé (pouvoir restreint mais tout de même existant).

Enfin, on reproche au Parlement européen son caractère presque obsolète (selon les critiques), mais il s'avère qu'au fil de la construction européenne il a obtenu plus de pouvoirs, de compétences (compétences normatives et contrôle politique accrus). En effet le Parlement purement consultatif est devenu en certains domaines co-décideur avec le Conseil de l'Union. Nous abordons alors la question de la "parlementarisation", selon M.CROISAT, résultant d'un "mimétisme" des systèmes politiques de le majorité des pays de l'Union. De plus ce phénomène complique la tâche déjà ardue qu'est la comparaison du modèle de l'U.E. aux différents types d'organisations internationales (fédération, confédération, coopération intergouvernementale).

Cependant, la nationalité européenne qui se construit peu à peu nous remet sur la voie du fédéralisme. En effet, cette nationalité n'est pas encore digne de celle d'un État mais elle est un "symbole" caractéristique du processus de fédéralisation de l'Union européenne. Ce symbole n'est d ailleurs pas le seul, puisque la monnaie et même le drapeau, l'hymne, la fête ou la devise ("Unie dans la diversité") de l'U.E. sont tout aussi significatif du caractère fédéral de celle-ci.

Nous avons repéré nombre de processus dans le fonctionnement de l'U.E. qui la rapproche d'une fédération et ce qui nous permet de la qualifier d'intergouvernementale est la forte participation (à travers le Conseil des ministres et de l'Union notamment) des gouvernements nationaux. En effet, même si l'Union européenne (grâce au compétences partagées entre autres) intervient dans nombre de domaines, la souveraineté des États membres reste forte et par la même la coopération de ceux-ci (l'unanimité reflétant bien ce propos).

L'Union européenne aurait donc des "processus" en avance sur sa "structure". En effet, malgré toutes ses ressemblances avec le système fédéral (qui plus est intergouvernemental), l'Union est dépourvu de l'essentiel (et nous l'avons dit plus haut) : un gouvernement fédéral démocratique et légitime.




II. PROBLEME FONDAMENTAL : ABSENCE DE GOUVERNEMENT FEDERAL DEMOCRATIQUE ET LEGITIME.


Actuellement, trois institutions (principalement mais pas seulement) permettent le fonctionnement de l'Union européenne : le Parlement européen (qui représente les populations des États membres), le Conseil de l'Union européenne (qui représente les gouvernements des États membres) et la Commission européenne (qui représente les intérêts communs de l'Union). Mais ce "triangle institutionnel" ne constitue pas un véritable gouvernement, pas plus que le Conseil européen, "clé de voûte" du système établi par le traité de Maastricht. En effet il est difficile de retrouver au milieu de ce tissu emmêlé d'institutions, de règlements et directives, de compétences partagées... l'ébauche d'un "super-État", d'un gouvernement fédéral et qui plus est démocratique et légitime. L'Union européenne s'est construite par traités successifs, sans charte qui énoncerait ses principes généraux mais à force de petites pierres posées les unes après les autres ("méthode des petits pas"). Et c'est sans doute à la fois le manque de clarté et l'absence de charte, voire de constitution, qui rend difficile la lecture d'un gouvernement européen.

Ainsi, le traité de Nice (2000), ayant échoué à la résolution du problème du poids de chaque État dans l'Union, avait demandé la réunion d'une convention qui aurait pour mission de simplifier l'organisation de l'U.E. et d'écrire dans la mesure du possible une constitution. La "Convention sur l'avenir de l'Europe", réuni entre février 2002 et juillet 2003 en sera l'aboutissement et proposera un texte présenté sous le nom de "traité constitutionnel". Celui-ci ne sera pas ratifié, précisément pour les raisons dont nous parlions plus tôt : le texte devait être signé par tous les États membres, puis ratifié unanimement, mais cette fois les peuples européens, pour certains, furent consultés. Or, les référendums français et néerlandais s'opposèrent au traité qui leur était proposé. On lui reprocha notamment sa qualification de "constitutionnel", polémique puisqu'une véritable constitution doit être écrite par une assemblée constituante élue par le peuple et non par une convention quelconque. De plus, son orientation plutôt libérale alimenta le débats. Cependant ce traité, remanié et renommé, est aujourd'hui en passe d'être ratifié. Alors en quoi le "traité de Lisbonne" peut-il nous aider ou pas à répondre à notre question initiale : L'union européenne a-t-elle tous les attributs d'un État fédéral, sinon accompli, en construction? Nous verrons que l'aspect constitutionnel du traité et les pouvoirs supplémentaires qu'il accorde aux institutions dont nous venons de parler, nous conforte dans l'idée d'une fédération européenne. Mais nous verrons également que le problème de la légitimité reste à résoudre.


Concrètement, le traité de Lisbonne est composé de quatre parties que nous pourrions regrouper en deux types d'écrits. C'est-à-dire que la Partie I (définissant les pouvoirs propres à chaque instance européenne) et la Partie II (charte des droit fondamentaux) sont assimilables à une constitution, tandis que les Parties III et IV (définissant le contenu des politiques menées par l'U.E.) sortent du cadre constitutionnel, se limitent donc à un traité. Ainsi sans être, ni dans sa forme (modalité de son écriture non démocratique), ni dans la totalité de son fond (Parties III et IV), une véritable constitution, ce traité apporte cependant ces grands principes communs qui fondent un État, et redéfini plus clairement les pouvoirs propres de ce qui pourrait devenir un gouvernement européen.

Le Parlement européen et la Commission voient donc leur pouvoir renforcé mais surtout le Conseil des ministres votera désormais à la majorité qualifiée. De plus, le Conseil européen gagne un pouvoir d'impulsion sur l'orientation générale des politiques européennes et passe d'une présidence tournante à une présidence "fixe" (mandat de deux ans et demi). Le poste de président ne sera plus occupé nécessairement par un chef d'État européen, mais par une personnalité sensée représenter l'Union européenne. En somme, les États ont de moins en moins la possibilité de bloquer une décision européenne et l'on notera que le changement capital opéré par ce traité réside dans les nouvelles modalités de vote (fin de l'unanimité).

Cependant la carence démocratique de l'Union européenne est toujours d'actualité et elle commence dès l'écriture de ses lois. En effet, même si le nom de "traité constitutionnel" a été abandonné, il est clair que celui que l'Union européenne est sur le point de ratifier conserve ce caractère, tout en étant dénué de légitimité indispensable à l'adoption par le peuple d'un tel texte. Au delà du fond, plus ou moins apprécié selon les idéologies de chacun, se pose le problème d'une pseudo-constitution écrite sans le peuple, refusée une première fois par les référendums français et néerlandais, puis adoptée par le haut. A la source de l'Union européenne qui se construit encore, ne se trouve que des textes, constitutionnels ou non, mais jamais démocratiques de par leur écriture et leur adoption. L'idée même d'un gouvernement démocratique et légitime est difficilement envisageable à partir de ce constat.


Par Marion Roussey - Publié dans : Relations internationales
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Dimanche 18 janvier 2009 7 18 /01 /Jan /2009 00:02
 

Beaucoup de féministes (sociologues) partagent cette idée et Nathalie EPRON consacre d'ailleurs un ouvrage entier à la question de la beauté féminine et de son lien direct avec les rapports de force entre les genres1. Son analyse plus actuelle prends en compte le phénomène « métrosexuel » (catégorie d'hommes qui prennent soin d'eux, de leur apparence et utilise des produits cosmétiques jusque là réservés aux femmes et aux homosexuels) tout en différenciant le type de beauté promu pour les hommes d'aujourd'hui et celui toujours en vigueur pour les femmes. En effet, elle nous met en garde en affirmant que cette nouvelle mise en avant de l'esthétique masculine n'est pas un progrès mais plutôt, et encore une fois, un moyen de renforcer la distinction des genre, voire la domination des hommes. Ainsi, elle écrit que « la beauté masculine est une déclinaison plus publicitaire que réelle et [que] même si elle touche à l'image plus globale de la masculinité, nous verrons qu'elle reconduit des stéréotypes de genre au moment où l'histoire occidentale affirme pour acquise la libération des femmes, permettant ainsi le maintient de leur contrôle social par un biais beaucoup plus insidieux ». « L'apparence sexy et agréable que la société exige de plus en plus des garçons (…) ne doit donc pas être conçue comme une féminisation » ni comme le résultat des luttes féministes en faveur de l'égalité des sexes et donc comme une uniformisation des genres. En effet, cette fameuse beauté masculine n'est en aucun cas fragile et douce, elle s'épanouit dans un cadre animal, sauvage, violent et met en avant la musculature et les poils comme symbole flagrant de la force viril dont ils semblent craindre la perte. La puissance masculine est mise en scène dans des publicités au scénario fantasmatique, toujours du domaine de la fiction pure, c'est une « masculinité défensive qui se refuse au changement, qui s'accroche à des valeurs obsolètes » que voit N. EPRON. D'autant que cette virilité exacerbée se construit en face d'une beauté féminine toujours plus érotisée, centrée sur les fesses, les seins, mis en valeur par des vêtements courts, près du corps et de préférence rouge. « La contrainte d'être vue, d'être en vue, c'est-à-dire toujours sous contrôle, rend difficile l'émergence de nouvelles façons d'être, y compris dans le regard que les femmes portent sur elles-mêmes. La femme trop vue (comme la femme cachée) est une femme « non-dite » (…). En d'autres termes, les femmes ont trop de corps pour avoir une tête. Et c'est bien parce qu'on fait et qu'on continu de faire des femmes l'être de la sexualité (c'est-à-dire celui chargé d'exciter le désir : désir des hommes pour le corps des femmes, désir des femmes d'être désirées) qu'elles peinent à se sentir individus capable de concevoir du symbolique ». Elle dit ici deux choses : les femmes et leur corps sont instrumentalisés et mis au service des hommes et de leur désir, mais aussi, la femme, ou plutôt les représentations qu'on en fait, « sature l'espace social » au point qu'il ne reste aucune place pour le réel, « les femmes ne peuvent exercer qu'un pouvoir relatif, factice, contrarié par de multiples obstacles dressés entre elles et le monde ». En bref, l'auteure, de son point de vue féministe, n'envisage la nouvelle exposition du corps des hommes, associée à la mise en valeur d'une certaine beauté masculine que comme une réponse supplémentaire aux bouleversements des rapports entre les sexes, un moyen de pallié à une dévalorisation ressentie de la virilité. On peut envisager une approche moins engagée en admettant, avec Guillaume VALLET2, que les bouleversements dont nous parlions, cette « révolution anthropologique », ont provoqué une sorte d'« angoisse identitaire masculine ».


En effet, le sociologue explique que l'émancipation des femmes, loin d'être une mauvaise chose, demande cependant une redéfinition de l'identité masculine. La virilité étant dévalorisée, une génération d'hommes, élevés par leur père avec une image de la masculinité « traditionnelle » ont du mal à trouver leur place alors qu'on leur demande de nouvelles qualités, souvent issues de la féminité stéréotypée (sensibilité, patience, attention, etc.). La thèse soutenue par G. VALLET consiste donc à penser cette mise en valeur du muscle et de la virilité en général, mais toujours à travers le corps, l'aspect extérieur, comme un moyen de « recouvrer une identité sexuée masculine troublée ». Son article traite à ce propos, du bodybuilding et du danger de cette recherche d'identité dans l'extrémisme sportif. Finalement, un mécanisme assez analogue se produit chez les deux sexes : d'un côté l'émancipation des femmes, leur accès à l'éducation, au travail salarié, bref, à la considération en tant que personne à part entière et dotée d'un cerveau aussi performant que les hommes, a produit une montée de l'intérêt pour les valeurs traditionnelles de la féminité, telles que la beauté, la mode, etc., comme une volonté de garder contact avec le passé, avec une identité familière et de l'autre côté, cette même émancipation des femmes, reléguant, d'un certain point de vu, les hommes au second plan, ou du moins, leur faisant perdre un certain nombre de leurs privilèges et qualités « naturelles » et propres qui leur étaient reconnues, a produit une identité masculine indéfini, qui tente de se retrouver dans le culte de l'apparence, du « paraître viril » dans la même démarche de rattachement au passé rassurant puisque connu, clair et bien défini. Son analyse n'est pas contradictoire avec celle de Nathalie EPRON, l'auteur y ajoute seulement l'origine psychologique, du côté masculin, de l'effet déjà décrit par notre féministe. Il s'agit de tempérer ses propos, en suggérant que le passage d'une société « androcentrique » à une société qui tend à l'égalité des sexes, pose des problèmes identitaires qui peuvent provoquer des troubles psychologiques.


Nous l'aurons compris, la question a priori anodine que nous posions est lourde de sens et ramène sans cesse au clivage homme/femme ou masculinité/féminité. Pour revenir aux étudiants entretenus à l'université Paris VIII, nous verrons que la confrontation des deux sexes sur des questions de nourriture, de diététique et par la même d'esthétique corporelle révèle la réelle, active et bien actuelle prégnance des stéréotypes de genre. Nous allons donc analyser l'entretien simultané de Pauline et Farouk dont nous vous proposons d'abord un extrait :


[Je viens d'interroger Pauline en présence de Farouk, elle m'a parlé de ses habitudes concernant le déjeuné à l'université, elle ramène des plats qu'elle cuisine à l'avance dans des tuperwar...]


Bon, et toi Farouk?


Farouk : Bah moi, bah moi, bah écoute je ne saurais pas m'exprimer aussi facilement que l'a fait ma collègue de ce qu'elle pense sur la bouffe (rire) mais bon grosso modo moi j'passe mon temps à manger à la fac...bon j'mange à la fac, j'mange un peu au resto U, bon la bouffe au resto U c'est équilibré mais sans goût, euh...sans goût...c'est bien, c'est sympa au moins du point de vu euh...c'est un prix attractif, donc concernant le prix bah oui c'est un prix étudiant mais bon après les plats c'est euh...ils essaient de diversifier les plats c'est déjà pas mal mais c'est sans goût, personnellement.


Donc si tu manges des patates c'est bon mais c'est pas bon pour toi, et si tu manges des légumes c'est bon pour toi mais c'est dégueulasse, c'est ça?


Farouk : Hum, hum, c'est ça! Et donc on est obligé de se nourrir, c'est une question de nécessité, sinon euh...si j'ai un peu le temps j'essaie de manger dans les snack qui sont à côté ou dans les p'tites sandwicheries qui sont proposées au sein de la fac...euh voilà moi je suis pas comme une fille, généralement les garçons ils ne préparent pas de tuperwar! (rire) Il font en sorte de...


Pauline : J'vois pas l'rapport!


Farouk : Bah si!


Pauline : Tu pourrais préparer tes grillades le matin euh tu pourrais...


Farouk : bah une fille elle a plus de temps pour faire ça! Un garçon bon voilà il a pas...


Pauline : ah bah bien sûr une fille elle se lève une heure avant...(ironie)


Farouk : Bon! Concernant les plats bon bah c'est vrai qu'on mange pas énormément de légumes hein, je cherche pas vraiment les légumes, même si c'est bien, mais euh nous on est plutôt des mecs donc on préfère plutôt la viande!


Pauline : Ohlala, c'est grave!


Non, non mais ça m'intéresse, vas-y tu peux dire c'que tu penses.


Farouk : Et donc moi j'pense, à mon avis, les mecs recherche plus la viande, les plats chauds et euh...la viande, voilà!



Et euh...j'vous pose la question à tous les deux...quand vous mangez, vous pensez à votre aspect physique?


Pauline : Non. Pas à la fac du moins. A la fac, j'pense : "Est-ce que ça va me tenir au ventre jusqu'à 21h?" si je finis à 21h, "jusqu'à 18h?" si j'finis à 18h, enfin voilà..."Est-ce que j'vais devoir me racheter un snickers entre temps?", "ça va m'coûter encore 1 euro" ou "Est-ce que je vais pouvoir rentrer chez moi me faire euh..." parce que concrètement quand tu rentres d'une journée à la fac t'as faim! Les sandwichs ils nourrissent pas.


Donc le "ratio" c'est "tenir le plus longtemps possible avec ce que je vais avaler", c'est ça?


Pauline : Hum, exactement, c'est euh...rentabiliser entre le prix et euh...c'que j'avale et le temps que j'vais y passer quoi.


Farouk : Alors nous, enfin j'pense pour les mecs, l'essentiel c'est de euh...remplir son estomac, j'pense que les mecs préfèrent plus manger des sodas et euh...des snickers, mars, tout ça euh...tu vois?


Pauline : (rire)


Farouk : Non mais c'est vrai en plus! Et euh...franchement le temps pour manger des p'tits plats en salade et tout c'est pas vraiment notre truc! Euh...comment te dire, je sais pas.


Mais est-ce que toi...enfin Pauline me disais que c'était une priorité pour elle de manger, pour toi c'est comment?


Farouk : Non personnellement moi c'est plus les boissons, moi ça m'fait tenir les boissons, c'est pas vraiment une priorité pour moi, j'peux tenir jusqu'à 18h pour manger, par contre dès que je suis en cours les canettes ça s'enchaîne quoi. Mais par contre à 18h c'est direct un snack ou un truc à...c'est direct un truc gras! Alors après question sport, alors là franchement, ils encouragent pas du tout! Parce que déjà les activités c'est pas qu'elles sont pas...qu'ils nous proposent pas mais euh...voilà du point de vu physique c'est pas si facile d'essayer de mettre en corrélation les cours...le sport, essayer d'faire une activité physique en gros et euh, bon comme on est jeune on est arrogant et bon on pense qu'on est assez sportifs comme ça, et comme on bouge beaucoup, avec les cours, on passe énormément de temps à bouger...



Pauline déclare ne pas se soucier de la diététique, du moins « pas à la fac » et oriente son comportement alimentaire en fonction de ses besoins énergétique dans le cadre de sa journée de cours, elle veut « tenir », elle cherche à optimiser sa condition physique pour être dans de bonnes conditions de travail. Farouk semble avoir les mêmes critères de choix et pourtant, dans son discours, sa priorité reste de se différencier de Pauline. En effet, dès ses premiers mots, il annonce qu'il ne s'exprimera pas aussi bien que sa camarade, tout en faisant des efforts de vocabulaire par la suite (« un prix attractif », « les p'tites sandwicheries proposées au sein de la fac », « mettre en corrélation les cours...le sport »). Par la suite, il insistera sur le fait qu'il n'est pas « comme une fille » et parlera au nom des « garçons » en utilisant peu la première personne et en multipliant les « on », les « nous on ». Il est intéressant de remarquer qu'il se sent appartenir à un groupe social, « les garçons » et cherche à le défendre, à le représenter. Il s'affirme et ne se laisse pas interrompre par l'indignation de Pauline face à ses propos, il ignore ses interventions continue son discours, sûr de lui et de sa véracité. Difficile de déterminer s'il pense réellement que filles ont « plus de temps » pour se préparer à manger, que les garçons préfère la viande, ou s'il joue un rôle, s'il tente simplement d'affirmer sa masculinité face à deux femmes (Pauline et moi-même) en exagérant, en caricaturant ses positions, jusqu'à parler de sport. En effet, il aborde ce sujet sans aucune demande de ma part, et semble se justifier de ne pas en faire, expliquant que l'université n'encourage pas assez les étudiants à pratiquer une activité physique, que les jeunes sont trop « arrogant »... Le sport semble faire partie des critères de la virilité qu'il veut afficher et on croirait presque qu'il culpabilise de ne pas correspondre parfaitement à cette figure idéalisée qu'il défend. On retrouve ici la thèse de Guillaume VALLET et on pourrait alors penser que Farouk3 cherche à paraître viril, tel qu'il le conçoit ou tel qu'on lui a enseigné (imitation du père par exemple), à défaut de pouvoir l'être. Judith BUTLER4 verrait ici une illustration de sa théorie sur le genre comme une performance, un jeu de rôle implicite que chacun de nous s'applique à jouer chaque jour. Farouk déclare « nous on est plutôt des mecs », introduisant ce « plutôt » comme un aspect normatif qui régulerait les comportements et déterminerait ceux qui sont acceptables et les autres. Le « plutôt » renvoie ainsi à une sorte de fourchette de comportements acceptables, allant du très viril au simplement masculin. Ainsi, le comportement alimentaire serait bien un comportement genré, sinon dans les faits, dans les esprits. On se rappel la « salade » de Sarah, qu'elle rejetait en tant qu'aliment féminin, ici on a la « viande » comme démonstration de la virilité masculine.




Pour conclure, nous pourrions avancer que les comportements alimentaires réels des étudiants de l'université Paris VIII sont très peu influencés par le genre, mais qu'en revanche, l'imaginaire collectif garde plus que des traces du clivage homme/femme et continue de produire des effets : socialement, une femme « ronde » subit plus de pression qu'un homme. « Les uns séduisent parce qu'ils sont, les autres parce qu'elles paraissent »5et l'homme « reste le plus souvent celui qui regarde, une femme encore celle qui est regardée »6. La socialisation joue un rôle majeur dans la persévérance des stéréotypes de genre et semble lointain le temps où les parents élèveront leurs enfants sans distinction de sexe.

1Nathalie EPRON, Entretenir la beauté comme un mensonge, Réflexion sur le partage des pouvoirs, Édition Terre d'éclat, 2006.

2Guillaume VALLET, « Corps performant bodybuildé et identité sexuée masculine : une congruence ? », in Interrogations, n°7. (http://www.revue-interrogations.org/article.php?article=147)


3Farouk est d'origine maghrébine et nous n'avons pas le temps de développer ce point mais il est possible que sa socialisation, son éducation, ai renforcé sa vision stéréotypé des rapports entre les sexes et surtout de la masculinité comprise comme virilité (carnivore et sportif donc fort).

Voir Daniel WELZER-LANG, « Virilité, émigration et post-colonialisme », Virilité et virilisme dans les quartiers populaires en France, in VEI Enjeux, n°128, mars 2002 (http://www.cndp.fr/RevueVEI/128/01003211.pdf)

ou Julien MOUFFRON, « Compte rendu critique de l'article de Stéphane Beaud et Michel Pialoux, « Jeunes ouvrier(e)s à l'usine. Notes de recherches sur la concurrence garçons/filles et sur la remise en cause de la masculinité ouvrière », Travail, Genre et Sociétés, n°8, nov. 2002, p. 73-103. » (http://julienmouffron.over-blog.com/article-25939221.html) pour une première approche.

4Voir notamment Judith BUTLER, Trouble dans le genre, Paris, Édition La Découverte, 2006.

Cependant on peut lire également Défaire le genre, Paris Edition Amsterdam, 2006.

Ou regarder le documentaire de Paule Zajdermann, réalisé en 2006 : « Judith Butler, philosophe en tout genre », diffusé sur Arte. (http://www.dailymotion.com/relevance/search/judith%2Bbutler/video/x2rr56_judith-butler-1_events)

5Nathalie EPRON, Entretenir la beauté comme un mensonge, Réflexion sur le partage des pouvoirs, Paris, Édition Terre d'éclat, 2006, p.100.

6Nathalie EPRON, Entretenir la beauté comme un mensonge, Réflexion sur le partage des pouvoirs, Paris, Édition Terre d'éclat, 2006, p.118.

Par Marion Roussey - Publié dans : Sociologie du genre
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Dimanche 18 janvier 2009 7 18 /01 /Jan /2009 00:00
 
  1. Des comportements alimentaires genrés?


 

Paola TABET, dans son ouvrage La construction sociale de l'inégalité des sexes, Des outils et des corps, nous explique que dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, les femmes étaient exclus de la chasse et par la même de l'usage des armes ainsi que des outils, ainsi elles ne pouvaient, selon l'auteure, accéder aux activités valorisantes et étaient sans cesse reléguées au second plan. Nous voudrions partir de ce constat pour montrer que si l'outil est le prolongement de la main de l'homme et que la femme en est privée, elle est du même coup contrainte d'utiliser son propre corps comme un outils. Or, un outils s'améliore, on recherche de nouvelles technologies, on se spécialise dans l'usage d'un outils qu'on va alors mieux utiliser. Ainsi, quand l'homme aiguise sont couteau, celui qui le protège et compense ses faiblesses, la femme se concentre sur son corps et tente d'en faire le meilleur outils de son ascension sociale, son assurance d'avoir le meilleur homme possible1. L'amélioration de son outil consistera alors à modeler son corps pour qu'il colle aux normes en vigueur dans la société donnée, en matière d'esthétique ou encore de signes extérieurs de richesse (l'embonpoint pouvant être le signe d'un bon statut social, dans certains pays africains notamment).

Dans notre société, il semble évident que la norme est la minceur, voire la maigreur, il suffit d'ouvrir un magazine de mode, ou simplement de lire les gros titres d'un magazine féminin à l'approche de l'été ou au moment des fêtes de Noël et du jour de l'an...Des régimes par dizaine vous seront proposés, les produits light se multiplient dans les rayons de nos supermarchés et les publicités ayant attrait à la nourriture sont systématiquement accompagnées du slogan « Pour votre santé, manger moins gras, moins sucré, moins salé ». Santé? Sans doute et nous ne remettrons pas en question la nécessité d'une alimentation équilibré, mais ne s'agit-il pas également du reflet de notre société et des ses normes en matière d'esthétique corporel? Et ces normes s'appliquent-elles à tous les individus sans distinction de genre? Un homme corpulent subit-il la même pression sociale qu'une femme jugée trop « ronde »?


Sarah est, de tous les étudiants entretenus, celle qui semble la plus atteinte par cette pression sociale et paradoxalement il semble que ce soit en partie parce qu'elle s'efforce de s'en détacher. Son double cursus en sociologie et en sciences politiques font d'elle un individu conscient des processus de socialisation, du poids de la société sur les comportements humains et de l'image sociale de la femme parfaite (physiquement et mentalement). Elle souhaite à tous prix ne pas ressembler au stéréotype de la blonde écervelée qui « mange de la salade » mais elle déplore d'être prisonnière d'un comportement alimentaire qu'elle ne parvient pas à maîtriser. Voici un extrait de son entretien que nous analyserons ensuite :


« Par contre après y'a tout le délire du "est-ce que parce que je suis une nana, je fais attention à ce que je mange"...Moi j'suis plutôt très sensible à ce genre de question, j'suis plutôt très sensible à tout ce qui est sociologie du genre, enfin voilà et c'est quelque chose dont j'essaie de me défaire beaucoup, enfin après moi je sais pas, ça me pourri un peu dans le sens où voilà...moi j'ai toujours été une nana mince, je me suis jamais retrouvée dans la position où je devrais faire un régime ou quoi et c'est assez pesant dans le sens où du coup enfin...les délires genre "prendre du poids c'est pas grave" bah j'y arrive pas, alors que c'est clair "OUI c'est pas grave", mais j'arrive pas à le dépasser...En terme de lever les "a priori", de comprendre comment les choses fonctionnent, j'aimerais bien y arriver mais voilà...


Tu penses que c'est parce que tu es une fille, que tu es conditionnée à ne pas vouloir prendre de poids?


Mais clairement! Enfin...c'est parce que je suis une fille, c'est parce que le corps est super important, parce que l'apparence est super importante...enfin tu vois c'que j'veux dire, c'est pas seulement être une fille, c'est être une fille dans un système de consommation où notre corps est vachement utilisé, vachement mis en valeur, où c'est ça la première chose qu'on voit de l'autre, enfin tu vois c'que je veux dire (hum, hum) enfin j'sais pas à partir du moment où t'es pas trop mal roulée et que t'es à la fac...enfin j'sais pas justement moi mon but c'est de pas être juste une meuf pas trop mal roulée, d'être moi et quant à la bouffe, au rapport à la bouffe, bah du coup ça vient un peu foutre en l'air euh...bah justement la dynamique euh tu vois justement d'apprendre des choses, de pas être une plante verte, de pas se laisser marcher dessus, de pas être l'ombre de quelqu'un, surtout pas d'un mec...enfin tu vois ça vient perturber cette dynamique...


Et tu penses que tu ne peux pas être mince, faire attention a ton corps, sans être prisonnière d'un carcan qui te ferait passé pour une "plante verte"?


(Sourire)...J'veux passer pour autre chose que juste une "fille jolie", mais sans abandonner le fait que je suis une "fille jolie"! Y'a quelque chose de cet ordre là, où mine de rien ça te confère un statut, un bien être, tu vois en terme d'image de soi,d'acceptation, de confiance, enfin tu vois...et du coup voilà bah moi y'a des repas que je saute exprès! Parce que 1 : ici c'est pas bon; 2 : j'ai pas le temps et 3 euh...bah j'prendrais pas de poids aujourd'hui quoi! Tu vois c'que je veux dire, y'a un espèce de truc enfin...je bédave, du coup tous les soir jme fume un gros pète et inévitablement j'ai trop la dalle et j'me fais mon bol de lait avec mes BN, mais genre tous les soirs, tous les soirs...et j'sais pas comment te dire genre le paquet j'aimerais tellement le défoncer quoi! Mais vraiment quoi...et en plus c'est trop mon plaisir tu vois que les gâteaux fondent suffisamment dans le lait pour que le chocolat...enfin j'sais pas comment te dire mais c'est un p'tit plaisir et même ce truc la est parasité par le fait que voila...que...il faut pas prendre de poids parce que sinon socialement ce sera dur, beaucoup plus dur. Et enfin voilà...être une fille grosse c'est chaud!


C'est sûr, mais est-ce que vraiment les max. 5 kilos que tu aurais en trop avec tes 4 BN en plus, ça te gênerais socialement, ou c'est pas plutôt un problème de toi à toi, quand t'es devant ton miroir?


Ouai c'est vrai, c'est clair que c'est quand moi j'me regarde que ça pose un problème, effectivement ouai...Alors que c'est un truc que j'aimerais ne pas prendre en compte...mais j'sais pas tu vois y'a des filles qui sont rondes et qui se kiffent telles qu'elles sont tu vois mais j'sais pas c'est quelque chose de l'ordre du "elles sont habituées à l'être" tu vois, elles ont accepté leur corps comme ça, moi j'ai accepté mon corp en tant que "meuf qu'a pas d'seins" et qui est fine et voilà tu vois, du coup voir cette transformation la, ou même imaginer la transformation de mon corp c'est euh...c'est juste pas gérable...non...pas envisageable. Du coup la "mal-bouffe" euh...enfin autant quand je vais au CROUS j'me dis que j'vais faire un vrai repas, autant quand je vais manger une pizza ou un truc comme ça, j'me dis que la portion est pas suffisamment grande pour que je prenne du poids et juste suffisamment grande pour que je meurt pas de...enfin pour que je fasse pas un malaise, enfin tu vois. Y'a quelque chose de l'ordre de "manger suffisamment pour tenir toute la journée" mais en aucun cas se faire plaisir en mangeant, enfin...c'est quelque chose que je connais pendant mes repas de famille mais jamais à la fac, ni dans mon quotidien quoi. C'est donc dû d'une part à la "mal-bouffe", au "pas d'temps" et ceci et cela... et après effectivement un rapport au corps et à la bouffe parce que être une nana c'est...enfin c'est assez angoissant quoi, moi c'que j'fais c'est que je fais plein de truc pour pas avoir le temps de manger...pour pas céder à ce genre de désirs là, de bouffe pas bonne pour le corps, l'esprit, tout c'que tu veux...je me "sur-occupe" pour pas avoir le temps ne serait-ce que d'y penser, j'fume plein d'clopes...enfin voilà quoi, je sais que ça me fait badtriper parfois, parce que j'me dis aussi que je donne pas tout c'qu'il faut à mon corps, en terme de vitamines, minéraux, tout ça...enfin voilà j'me met en carence quoi...


Ok, ça tu te le dis, mais est-ce que tu vas adapté ton comportement...tu vas préférer des sandwichs avec des crudités par exemple ou...?


Clairement pas! Clairement pas mais c'est parce que c'est pas bon! En vrai une salade c'est pas bon! En vrai, dans la vraie vie, une salade moi ça me saoul tu vois? Ça me saoul et en plus, après en terme de représentation moi j'ai pas du tout envie d'être la meuf qui bouffe des salades quoi! Tu vois c'que j'veux dire? (hum, hum) Y'a des meufs qui vont au McDo avec tous leurs copains et qui prennent des salades...genre non! Moi j'prends un BigMac, y'a pas moyen! Tu vois j'mangerais pas d'BN ce soir et puis voilà! (rire) »


Dans cet extrait on peu relever trois choses : Sarah ne veut pas grossir parce qu'elle a peur des difficultés qu'elle devra surmonter en tant que « fille grosse », cependant elle voudrait ne pas se soumettre à la pression sociale qu'elle admet craindre, elle est finalement omnibulée par l'image qu'elle peut renvoyer, qu'il s'agisse d'une femme ne rentrant pas dans les critères de beauté actuelle, ou à l'inverse, d'une femme jolie donc forcément idiote et soumise selon elle. En effet, en refusant de manger de la salade en public, elle refuse d'afficher un comportement alimentaire connoté, associé à la femme, et selon elle, à la femme superficielle. En affirmant que la salade « c'est pas bon », elle semble vouloir dénoncer des effets des normes sociales, de la pression constante qui pèserait sur nous aujourd'hui et nous pousserait à penser que la salade c'est bon, alors que selon elle, c'est faux et purement hypocrite de le dire. On remarquera également les nombreux stratagèmes qu'elle invente pour ne pas manger de salade, tout en ne prenant pas de poids (sauter des repas, manger gras mais peu, contrôle permanent de ce qui est avalé et anticipation sur les prochains repas). Clairement, Sarah présente des troubles alimentaires, en étant autant dans la restriction (je calcule la quantité nécessaire à ma survie et je ne la dépasse pas) que dans l'excès (envie compulsive de « défoncer » le paquet de BN). Il semble difficile de nier qu'ils sont dûs aux normes d'esthétique corporelle des femmes de notre société. De plus, Sarah déclare avoir pratiqué la dans classique pendant plusieurs années et à ce propos, Pierre-Emmanuel SORIGNET2 a écrit un article qui compare les danseuses classiques, leur rigueur et le contrôle très strict qu'elles subissent et les danseuses contemporaines qui apprennent en opposition à libérer leur corps. Nous allons donc réfléchir avec P. SORIGNET au « dressage  des corps entrepris dès l'enfance » qui s'opère dans les grandes écoles de danse classique afin de devenir l'incarnation de « l'image de la ballerine gracieuse », l'une des « figures féminines » les plus représentatives des normes que nous évoquions plus tôt.


Lorsque nous parlions de corps-outils concernant la femme dans nos précédentes réflexions, nous ne pouvions rêver meilleure illustration que la danseuse classique. En effet, ces petites filles qui deviendront femmes sont envoyées très tôt dans ce qu'appelle l'auteur, des « institutions totales »3 où, sans relâche « la technique corporelle » est enseignée mais aussi (et c'est un tout), « la hiérarchie, la discipline et l'ascétisme »4. La ballerine doit être « svelte et menue », ses « membres déliés » et ceci est mesuré au centimètre et au gramme près lors des « pesées mensuelles » où l'on « mesure aussi le taux de graisse » et les « mensurations ». Le « corps légitime » qu'on leur impose est « naturalisé » et la jeune fille ne correspondant pas aux critères incroyablement précis de l'institution se voit jetée dans « l'anormalité », « l'indignité sociale » et transformée par la même en monstre de foire. En effet, non seulement l'institution, les professeurs, les pairs, exerce une pression sur les enfants, mais entre elles, un fort esprit de compétition est encouragé, les poussant constamment à se comparer. Ainsi, elles sont anormales aux yeux des adultes, des représentant de l'autorité mais aussi aux yeux de celles qui devraient être leurs égales, et ce uniquement à partir de caractéristiques physiques et de l'utilisation qu'elles en font. Toute la reconnaissance qu'elles peuvent attendre ne peut en aucun cas découler de leurs qualités intellectuelles, de leur gentillesse, etc.. On ne leur porte de l'intérêt qu'au vu de leur minceur, de leur grâce et au mieux, de leur docilité : « l'être est un être perçu ». C'est précisément cela qui entraîne des troubles alimentaires : l'obsession de ces jeunes filles réside dans la perfection de leur corps (relativement aux normes qu'on leur impose) et la seule emprise qu'elles ont sur lui passe par la nourriture. Pour être socialement acceptées, elle doivent se nier, rejeter jusqu'aux désirs les plus naturels qu'elles éprouvent, cesser d'avoir faim. A moindre mesure, n'en est-il pas de même aujourd'hui pour chaque femme? Comment expliquer que seulement 10% des anorexiques sont des hommes? Encore une fois, peut-on dire qu'il est plus acceptable socialement pour une homme d'être en sur-poids? Pourquoi les hommes n'ont-ils pas de cellulite? Question étrange posée par Rossella GHIGI dans un article retraçant l'histoire de la cellulite, de son apparition dans le langage scientifique à nos jours, en passant par les magazines féminins « Votre beauté » et « Marie-Claire ». Elle montre bien comment la norme physique se trouve souvent malicieusement « au croisement entre santé et beauté », comment on fabrique une maladie pour servir des enjeux de domination d'un sexe sur l'autre, « les relations de pouvoir entre les sexes ».


En effet, comme les chasseurs-cueilleurs qui exclurent les femmes de la chasse et de l'usage des armes et outils, l'homme moderne, pour compenser sa perte de pouvoir lors de l'entrée des femmes dans la vie active, sur le marché du travail, cherche à l'affaiblir physiquement. C'est la thèse esquissée timidement par l'auteure après avoir démontré que la cellulite (en tant que représentant des nouvelles préoccupations esthétiques, apparues dès la fin du XIXème siècle) est probablement une malicieuse invention. En effet, en découvrant un mal propre au femmes5, les médecins auraient produit « un discours performatif reproduisant les inégalités et les stéréotypes sexistes présents dans l'imaginaire collectif ». L'argument clef qui permet à R. GHIGI de montrer que la cellulite a été fabriquée par les scientifiques, consiste à observer l'évolution de sa signification dans le temps. Ainsi, la soit-disant maladie était présentée à l'origine comme « une inflammation du tissu cellulaire ou lamineux »6 et en aucun cas comme un amas de tissu graisseux difficile à éliminer. De plus, lorsque le mot commença à accepter la définition qu'on lui connaît aujourd'hui, sa localisation était très différente mais non moins significative. En effet, c'est au niveau de la nuque et des chevilles que la cellulite se logeait sous la forme d'une « boule graisseuse » et si cela porte du sens c'est qu'à l'époque (« 1937-1939 »), « les parties du corps féminin les plus visibles étaient justement les chevilles et la tête », « la coiffure à la mode (…) commençait à réclamer les cheveux courts qui dégagent le cou et les épaules, en exposant la nuque au regard ». Aujourd'hui aucune publicité pour des produits amincissants ou anti-« peau d'orange » ne mentionne la tête ni les chevilles7. Plus généralement, l'auteure explique que la « lipophobie » qui est née en Europe dans les années 1920-1930 (puis aux États-Unis vers 1950) est caractéristique d'une « société où les conditions matérielles de vie permettent de concevoir le régime comme une option volontaire pour un individu, qu'un corps mince peut être le signe d'une domination de la faim dépendante de la volonté du sujet ». D'ailleurs, c'est parce que la minceur dépend désormais de la volonté de chacun, que la graisse devient « moche et mauvaise en soi », que l'individu jugé trop gros est perçu comme un incapable, négligeant, qui se « laisse-aller ». Or, selon R. GHIGI « la véritable cible de cette culpabilisation pour l'obésité furent les femmes », entre autre parce que les femmes auraient le « devoir propre (…) de se maîtriser elles-mêmes, en laissant à l'homme le devoir (et le privilège) de maîtriser les autres ». Elle ajoute avec son analyse des revues féminines « Marie-Claire » et « Votre beauté » que ceux-ci ont été « un lieu majeur de production sociale du corps féminin, nouveau, « idéal » et « naturel » à la fois (ce qui entraîna comme toute construction de la normalité, des aspects normatifs) ». Cette culpabilisation des femmes en particulier, pendant l'entre-deux-guerre, n'est pas un hasard d'après l'auteure puisqu'elles avaient à cette époque gagné en « visibilité dans l'espace public, à travers une entrée massive dans le marché salarié, l'accès aux loisirs publics, la diffusion de l'industrie cosmétique ». Ainsi, l'impératif de la minceur avait pour rôle de les ramener à des principes tels que « la rigueur, la maîtrise de soi, l'auto-contrôle ». Elle admet néanmoins que cette minceur pouvait et peut encore être vécu par les femmes comme une libération en opposition au corset ou comme métaphore du « détachement des contraintes sociales » comme la maternité. Cependant, elle souligne que la minceur rappel certains stéréotypes associés à la femme depuis toujours et notamment la « fragilité », la « souplesse » (qui, entendue au sens figuré, renvoie à la docilité) et avance que « c'est dans les périodes de bouleversement des rapports de genre et des hiérarchies sociales que l'imaginaire du corps féminin change le plus radicalement, ainsi que la mode féminine et ceci justement afin de maintenir le système de genre ». Pour répondre à notre question (Pèse-t-il sur la femme une pression sociale plus forte que sur les hommes quant à la corpulence?), nous retiendrons de R. GHIGI que la beauté (incarnée dans la minceur) est largement plus plébiscité pour les femmes (magazines de mode et de beauté inexistant ou presque pour les hommes), que la multiplication des discours à son propos (de la part des médecins notamment) semble s'être effectuée en réponse à une certaine émancipation des femmes, comme si la nouvelle place qu'elles prenaient dans la société devait se compenser par un corps moins volumineux, de plus en plus fragile. L'idée principale reste que cette obsession de la minceur et sa diffusion dans la presse féminine et la société toute entière, a été et est encore, le vecteur majeur de « la conception de la femme « en tant que corps » dans l'imaginaire collectif ».

1Faire une note sur le texte trouvé sur la suisse et les troubles alimentaires causés par l'obsession de la maigreure, norme sociale garantissant le mariage.

2Pierre-Emmanuel SORIGNET, « Être danseuse contemporaine : une carrière « corps et âme » », in Travail, genre et société, n°12, nov.2004, p.33-53.

3Le mot « totale » renvoyant au système totalitaire qui contrôle tout, vie publique, sociale et vie privée, qui d'ailleurs n'existe plus.

4« ascétisme » ou ascèse : mot très fort puisque l'idée de sacrifice se cache derrière, d'autant que la notion trouve son origine dans différentes religions telles que le bouddhisme ou le christianisme. Il s'agit de nier son animalité, de se dresser soi-même, de renoncer à tout ce qui est considéré comme faiblesse. L'encyclopédie Universlis propose une bonne définition.(http://www.universalis.fr/encyclopedie/B922131/ASCESE_ET_ASCETISME.htm)

5Le « corps féminin malsain » (Rossella GHIGI), idée récurrente on le sait, la femme hystérique, à la nature instable et toujours plus sujette à la maladie que l'homme traverse les époques depuis l'antiquité grecque.

6Première définition du mot dans la 12ème édition du Dictionnaire de médecine (dirigé par Littré et Robin) en 1873, selon Rossella GHIGI.

7Il s'agit plutôt des cuisses, des fesses et des hanches, parties du corps féminin connotées sexuellement, nous reviendrons sur cette idée ci-après.

Par Marion Roussey - Publié dans : Sociologie du genre
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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 23:57
 

Parmi les soucis du quotidien de l'étudiant, on trouve en bonne place le moment de se nourrir. Entre coût, temps et qualité, les repas à l'université ne ressemble que de très loin aux prescriptions désormais omniprésentes des nutritionnistes et autres diététiciens en matière d'équilibre alimentaire, de santé voire d'esthétisme.

Nous avons donc cherché à comprendre comment mangeaient les étudiants à l'université, dans le but de déterminer les causes et les origines de leurs comportements alimentaires. Dans un premier temps nous verrons quelles sont les priorités de ces jeunes lorsqu'ils choisissent la composition de leur déjeuné, quelle valeur ils accordent au fait de manger, particulièrement dans le cadre d'une journée de cours. Dans un second temps, nous tenterons d'introduire la notion de genre dans le comportements alimentaires, ainsi nous nous demanderons s'il existe un lien entre les habitudes en matière de nutrition et le genre, mais surtout comment un tel lien pourrait exister.

Ainsi, et à l'aide de plusieurs entretiens menés à l'université Paris VIII avec divers étudiants (âges et sexes différents), nous esquisserons une étude presque ethnologique puisque culturelle, des pratiques alimentaires du groupe social « étudiant » pour nous diriger ensuite vers une étude plus sociologique et en l'occurrence de sociologie du genre, afin de souligner le poids de préjugés érigés en normes et encore très actifs à propos des femmes et de leur corps (femme faible, gracieuse, légère, etc.).




Plan :


  1.  
    1.  
      1. Comment mangent les étudiants?

         

        Intro : Claude GRIGNON, Le temps de manger.

→ qualité, prix, quantité (entretiens + Claude GRIGNON, La vie matérielle des étudiants)



  1.  
    1.  
      1. Des comportements alimentaires genrés?

         

        Intro : Paola TABET, corps/outils.

→ entretien avec Sarah+Pierre-Emmanuel SORIGNET, danse classique.

→ Rossella GHIGI, Autour d'une histoire de la cellulite.

→ Nathalie EPRON, beauté et domination masculine.

→ Guillaume VALLET, crise identitaire chez les hommes modernes?

→ entretien de Farouk.



Conclusion.













  1. Comment mangent les étudiants?



« Dans nos sociétés, les éléments chronologiques et les éléments non-chronologiques des usages relatifs au repas sont en rapport étroits les uns avec les autres. L'heure à laquelle on déjeune ou celle à laquelle on dîne, le temps que l'on consacre aux différents repas, l'ordre dans lequel ceux-ci se succèdent au cours de la journée, leur fréquence, la répétition quotidienne de cet horaire, ses variations au cours de la semaine ou de l'année, sont inséparables des lieux où les repas sont pris, de la compagnie dans laquelle on les prends, des activités et des contextes sociaux entre lesquels ils servent de séparateurs et de transitions, de leur composition, de l'importance et de la signification qu'on leur accorde, du nom qu'on leur attribut,etc. Ces règles implicites se présentent spontanément à la réflexion savante comme des traits de culture plutôt que comme des usages sociaux. (…) Mais une approche exclusivement anthropologique ne permet pas de comprendre comment un modèle culturel parvient à se constituer et à se maintenir dans une société complexe et conflictuelle; elle laisse échapper les enjeux économiques et sociaux (...) »1. Ce sont les mots de Claude GRIGNON, tirés d'un ouvrage intitulé Le temps de manger et dans lequel il écrit un chapitre sur le modèle français des repas. Cette introduction représente bien ce que nous voulons montrer dans cette première partie, l'idée que se nourrir ne relève pas seulement de la nature mais plutôt de la culture, de la socialisation2, du contexte économique, des contraintes diverses liées au travail, aux études, à la précarité, à l'isolement, etc.


A Paris VIII, les étudiants entretenus, filles et garçons entre 20 et 25 ans, sont assez unanimes : ils mangent peu au restaurant universitaire (CROUS) et la composition de leur déjeuné se résume en deux mots, gras et consistant si possible. En effet, même si certains tentent de se préparer des « casse-dalles » chez eux, afin de manger moins cher et plus équilibré à l'université, ils admettent rapidement que la réalité les rattrape et que bien souvent, ils achètent au « snack » un sandwich, une pizza, voire une pizza dans un sandwich (« pain-pizza ») faute de temps ou bien de désir de consacrer du temps à cette tâche. Ils s'accordent également tous pour dire que ce repas ne leur convient pas, soit parce que leur poids les préoccupent, soit parce que ces sandwichs ne leur permettent pas de « tenir » toute la journée, ou encore parce qu'au bout de quelques années à l'université ils ne supportent plus jusqu'à « l'odeur du panini »! Cependant ils divergent sur leurs approches du repas à l'université, sur ce qu'il représente pour eux, sur leur idéal d'un déjeuné réussi.

En effet, le soucis quotidien de Sarah lorsqu'arrive le moment de manger réside dans le prix et dans la qualité de ce qui lui ai proposé (« ce que tu manges c'est de la "mal-bouffe", c'est abusé, enfin genre le "pain-pizza" voilà quoi! Une pizza, dans du pain, avec de la mayonnaise, le truc un peu hard core quand même! Et puis c'est super cher donc voilà c'est un peu compliqué quoi...c'est un peu compliqué puis c'est un peu dégueu! »), tandis que pour Adrien il s'agit plutôt de quantité et de rapidité («  T'as une idée du critère que tu mettrais en premier pour un repas à la fac réussis? Bah...me remplir le bide en vitesse...un truc gros mais rapide à avaler...c'est un peu ça ouai...les prix sont pas exorbitants, bon ça dépend quoi, mais c'est pas super cher donc ça me dérange pas »). Ainsi,nous pouvons déjà avancer que la manière de manger des étudiants de Paris VIII est parfois en désaccord avec leurs aspirations. La plupart déjeunent au fastfood, mais ils n'y vont pas tous avec les mêmes préoccupations et le même plaisir. Nous ajouterons donc que leur pratiques alimentaires ne dépendent pas seulement de leur volonté, mais aussi d'un certain nombre de facteurs extérieurs, de conditions liées au temps qu'ils ont pour manger, à leur statut social (plus ou moins aisés), et bien d'autres que nous aborderons ci-après.

En somme, la composition du déjeuné des étudiants est un compromis entre ce qu'ils veulent manger et ce qu'ils peuvent manger. Par exemple, Pauline considère que les sandwichs ne la nourrissent pas, ils lui font « mal au ventre » mais elle n'a pas le temps de manger au restaurant universitaire et préfère, comme Adrien, être libre de manger avec ses amis dans un lieu choisi. Elle fait donc l'effort de préparer ses repas à l'avance et de les emmener dans ses fameux « tuperwar ». Nous pouvons aussi relever ses propos quant au grignotage intempestifs des étudiants qu'elle juge « monomaniaques ». Selon Pauline, le fait d'être assis une bonne partie de la journée, de n'avoir que de courtes pauses, pousse l'étudiant à occuper ses temps libres par la consommation irraisonnée et compulsive de divers produits sucrés tels que les sodas, les barres chocolatées, les bonbons, etc. En effet, tous les jeunes entretenus on déclarés acheter (ou emporter à l'université) des gâteaux, du café, des sodas. Cette alimentation fait partie intégrante de leur mode de vie étudiant, il ne consomment pas autant de café par exemple, hors de l'université, en vacances ou simplement à leur domicile.


Claude GRIGNON, lui, dans son ouvrage sur la vie étudiante3, nous éclaire sur les conditions dont nous parlions plus haut, qui influenceraient les comportements alimentaires des jeunes universitaires. Il explique par exemple que l'omission du repas de midi est fréquente chez les sujets ayant un emploie du temps trop chargé, n'habitant plus chez leurs parents, ayant peu de moyens financiers, résidant loin de l'université fréquentée, se préoccupant de leur poids et/ou étant buveur ou fumeur. Sarah déclare dans son entretien que « souvent » elle ne déjeune pas et ce parce qu'elle n'a pas le temps et qu'elle semble perturbée par les questions de poids et d'image sociale qui les accompagne. C. GRIGNON remarque également que les étudiants âgés de plus de 22 ou 23 ans ne fréquentent que peu les restaurants universitaires et que les jeunes femmes ou les couples préfèrent leur domicile à l'université. Ce qui est intéressant est l'explication qu'il donne au fait que les « filles » mangent plus souvent chez elles que les garçons : « Il n'est pas improbable que cet écart soit dû pour une part à une reconnaissance et à un respect plus grand, de la part des filles, des normes dominantes en matière de diététique et d'esthétique corporelle. » Les chiffres qu'il avance sont clair, 68,1% des étudiantes surveillent leur poids, contre 37% des étudiants. Il ajoute que la socialisation des enfants intervient aussi dans ce phénomène et que « conformément à la division traditionnelle des tâches entre les sexes, les filles sont plus capables que les garçons de pourvoir elles-mêmes à leur alimentation, de faire elles-mêmes la cuisine et plus portées à le faire ». Ces propos choquent, désolent ou réjouissent (…), le fait est que l'égalité des sexes n'est pas encore d'actualité et l'on apprend toujours très peu aux petits garçons à faire à manger tout comme on ne leur achète pas, ou presque, de poupée4. C'est ici toute la question de la socialisation de genre qui entre en jeux. Muriel DARMON s'intéresse à la question des activités proposées aux filles et aux garçons (les filles sont amenées à pratiquer peu de sport mais toujours ceux qui « développent l'intérêt porté à soi et aux autres, dans la mise en avant de la séduction et de la maternité »5 et réclamant un certain sens de l'esthétisme) mais elle écrit surtout que les bébés sont nourris différemment selon qu'ils sont filles ou garçons (la « voracité » des garçons est jugée normale et est encouragée, tandis que les filles doivent avoir « un appétit plus modéré », on les dresse « à la délicatesse »).

Ainsi, au delà des contraintes liées à la vie étudiantes, les comportements alimentaires des jeunes avec lesquels nous nous sommes entretenus sont conditionnés a priori par leur sexe et toutes les normes sociales qui en découlent.

1Claude GRIGON, « La règle, la mode et le travail : la genèse sociale du modèle des repas français contemporain », in Le temps de manger. Alimentation, emploie du temps et rythmes sociaux, sous la direction de Maurice AYMARD, Claude GRIGNON, Françoise SABBAN, Paris, Édition de la Maison des sciences de l'homme : Institut de la recherche agronomique, 1993, p.275.

2Définition de socialisation : « façon dont la société forme et déforme les individus », « ensemble des processus par lesquels l'individu est construit par la société dans laquelle il vit », « l'individu acquiert des façons de faire, d'être, de penser, qui sont situées socialement », « processus continu d'incorporation du social par les individus », Muriel DARMON, La socialisation, Paris, Édition Armand Colin, 2006.

3Claude GRIGNON, La vie matérielle des étudiants : logement, alimentation, santé, Paris, Édition La documentation française, 1998, p.

4Il est intéressant de remarquer à ce propos que les jouets sont explicitement classés par sexe auxquels ils s'auto-destinent, sur les sites internet de vente de jouets on peut lire « jouets pour filles » ou « jouets pour garçons », ce qui semble ne laisser que peu de libre-arbitre aux parents qui voudraient déroger à cette « traditionnelle division des tâches entre les sexes » qui s'insinue dès l'enfance et jusque dans leurs livres d'images (voir Dominique EPIPHANE, « My taylor is a man...La représentation des métiers dans les livres pour enfants », in Travail, genre et société, n°18, nov. 2007, p.65-85)

5Sylvie CROMER citée par Muriel DARMON, La socialisation,Paris, Édition Armand Colin, 2006, p.39.

Par Marion Roussey - Publié dans : Sociologie du genre
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